Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Grèce comme indicateur avancé des crises ?

11 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Macro-économie

De tous temps, la Grèce a émis des signaux précurseurs en matière de changements majeurs, que ce soit dans l’Antiquité lorsqu’elle précédait le déclin des civilisations romaines et égyptiennes, ou très récemment lors de ses nombreuses émeutes et mouvements sociaux depuis le début des années 2000, reflétant avec plusieurs années d’avance les mêmes contestations relayées en en France ou au Portugal par exemple..

 

Le fait que la Grèce ne représente que 3% du PIB européen n’est donc probablement pas un critère valable de minimisation de la crise actuelle - , non seulement parce que cette crise de la non-gestion de la dette grecque, si elle n’est pas réglée, risque de contaminer et de mettre en défaut d’autres pays de la zone euro, mais aussi parce que le déficit annoncé de la Grèce, 16%, risque de remettre en question l’utilité même d’un traité comme celui  de Maastricht, qui limite théoriquement les déficits à 3%. Théoriquement, parce que le monde politique a déjà vidé ce traité de sa substance plusieurs fois, en autorisant de multiples exceptions à cette règle. Rappelons que la Grèce a reconnu être entrée en Europe grâce à une falsification de ses comptes, et que depuis son entrée, elle n’a jamais réussi à respecter cette règle.

 

Pourquoi continuer à limiter les déficits à 3%, et ne pas modifier une bonne fois ce traité en ne tolérant plus aucun déficit d’aucun membre de la zone euro ? L’Etat ne devrait-il pas être géré à la manière d’une entreprise, avec des personnes qui se projettent dans l’avenir, préviennent des risques de perte en agissant à temps sur les coûts, et en les maîtrisant ?

Il nous est quand même assez difficile de cautionner les messages politiques que l’on entend régulièrement, du genre «cette crise vaut bien un déficit », qui signifie en clair que la crise de l’endettement des Etats se résoudrait par un endettement supplémentaire, et que, obnubilées par ce culte du déficit et de l’objectif de perdre de l’argent, ces mêmes politiciens dénoncent par un jeu populiste « les plans de restructuration dans des entreprises qui font du bénéfice » qui pourtant font partie d’une gestion saine – même si ces décisions sont inhumaines et certainement difficiles à prendre -et sont probablement nécessaires dans l’optique, inconnue par nos gouvernement, de veiller à continuer à enregistrer des profits dans les années à venir.

 

Et si la situation grecque était cette fois le signe précurseur du déclenchement d’une crise majeure de la zone euro – nous avions déjà abordé ceci précédemment -, une crise qui se calquerait sur celles des subprimes : à l’époque une petite secousse (la mise en évidence de la surévaluation du marché immobilier américain) précédait de quelques mois le grand tremblement des marchés (la faillite de Lehmann), et donc, cette fois, un petit appel au secours de la Grèce, pourrait être suivi d’un défaut de plusieurs pays européens, une diminution d’adhérents à la zone euro, le tout dans un contexte de descente aux enfers de la monnaie unique ?

Nous suivrons ce « signal grec » de près dans les mois qui viennent.

 

Pour terminer ce point sur la Grèce, l’on note aujourd’hui le consensus mou européen, qui pourrait prévoir une aide à la Grèce de la part des autres pays européens « à condition que la Grèce mette son plan d’austérité en œuvre avec rigueur afin de réduire son déficit ». Bref, une phrase creuse qui ne nous apprend pas grand-chose, si ce n’est qu’après avoir assisté au transfert de dettes des banques aux Etats en 2008 et 2009, voici venir la concentration de dettes sur les Etats solvables et leurs contribuables.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article