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Portefeuille de crise

15 Mars 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Marchés financiers

Un lecteur – que j’apprécie beaucoup et qui me fait le plaisir d’être assidu - m’a demandé quelles étaient mes idées d’investissement dans le contexte actuel.
Je vais dans ce cadre repasser en revue les indices qui me semblent importants à signaler, et puis vous dévoiler mes achats récents.
Un peu d’histoire d’abord, pour l’anecdote : j’ai acheté mes premières actions en bourse de Bruxelles, 3 Solvac à 300 BEF (+- 7.50 eur) avec mes étrennes de l’année 1981. J’avais 12 ans. Je n’ai depuis jamais manqué d’intérêt pour la vie du marché boursier et ses opérations capitalistiques, et assisté aux trois grandes dernières crises – octobre 1987, 2001, et celle-ci – en y laissant naturellement quelques plumes.
Toujours investi beaucoup plus en actions qu’en immobilier. Quoique, en juin 2008, sentant le vent tourner avant la deuxième puis la troisième augmentation de capital de Fortis, j’ai vendu plus de 50% de mon portefeuille en arbitrant pour de l’immobilier locatif, et déséquilibrer mon petit patrimoine en le portant à du 20% actions – 80% immobilier (hors résidence principale). Il faut, pour les lecteurs étrangers, souligner le paradoxe belge où l’investissement immobilier – finalement le moins risqué – est fiscalement très encouragé, tant au niveau de l’emprunt hypothécaire déductible que des revenus locatifs, taxés forfaitairement sur une base très dévaluée.
Je ne suis pas un investisseur rempli de certitudes qui pense trouver la martingale dans ses placements, et ne suis toujours pas convaincu que se porter sur l’immobilier soit un bon choix dans la durée, eu égard à la profondeur de la crise actuelle, mais c’était probablement le meilleur choix de ce moment-là. Le rendement actuel du portefeuille de ces actions converties en immobilier, si je les avais conservées, serait négatif, affichant -17.6% contre leur prix de vente à l’heure actuelle.

Depuis lors, je suis toujours les marchés avec attention, mais suis encore plus prudent sur mes achats, que j’effectue en ne voulant surtout pas payer de surprix, après avoir évalué la valeur fondamentale de l’action. En effet, eu égard à certains indices que nous parcourons régulièrement sur ce blog, et au vu des derniers développements macro-économiques aux Etats-Unis et en Europe, il est fort probable qu’une rechute importante des marchés soit à craindre, au plus tôt dans la seconde partie de 2010, au plus tard en 2011.
Nous l’avons vu précédemment, la multitude d’aides d’Etat qui soutiennent artificiellement les marchés actions, les taux bas, qui devront tôt ou tard être relevés, et plus récemment le transfert du coût du sauvetage des banques sur les épaules des Etats -donc du contribuable qui souffrira de prélèvements fiscaux supplémentaires - induisant des déficits énormes, sont une menace importante pour la croissance et la reprise de la consommation.
Cette dernière étant d’ailleurs le seul objectif du monde politique, qui n’a pas encore réalisé que c’est leur course effrénée à l’incitation à la consommation - via l’accès au crédit pour tous, la carte de crédit que chacun est en droit de posséder, les politiques de taux zéro, etc - qui est à la base de la bulle du crédit actuelle, qu’ils empêchent par tous les moyens (incitants fiscaux, prêts à taux zéro, prime à la casse) de se dégonfler trop vite.
Je suis persuadé que nous sommes à un tournant, que la « satiété de consommation » prend sa place dans le monde actuel, et que nous passons progressivement d’une société de consommation à une société de préservation. Autrement dit, une terre inconnue pour nos dirigeants, qui doivent encore chercher leurs repères, aucune politique économique pour faire face à un changement de comportement n’ayant été mise en place par le passé.

Le Baltic Dry Index, indice très avancé de l’économie, ne montre toujours pas de signe de reprise continue. Comme en bourse, on a assisté à deux forts rebonds du transport maritime – probablement dû au restockage des entreprises – mais qui ne se transforment pas encore en reprise durable.
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Sur le marché, le VIX, la volatilité représentant l’indice de frayeur des investisseurs, est revenu à des niveaux d’avant-crise, ce niveau bas étant à mes yeux un signal suffisant pour craindre une rechute des marchés, ou un mauvais timing pour y entrer sans être sélectif, dès lors que les solutions à l’éclatement de la bulle du crédit sont encore à l’état d’ébauches.
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Le put/call ratio, qui met en balance le nombre d’acteurs haussiers (acheteurs de call) et le nombre de baissiers (acheteurs de puts) est à un niveau tel que l’optimisme quant à une hausse des marchés est béat. Rappelons que comme pour la prévision du rebond du USD, c’est lorsque la grande majorité pense dans un sens que le marché va dans l’autre direction.

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Tandis que les marchés sont toujours soutenus par l’abondance de liquidités injectée par les banques centrales, ce quantitative easing qui tôt ou tard devra faire l’objet d’un retrait, et donc un assèchement des marchés.

Dans ce contexte, j’ai concentré mes achats récents sur trois axes, qui sont régulièrement traités sur ce blog :
- L’or. Je suis entré très tôt sur le GBS, Gold Bullion Securities, à 60 eur en octobre 2008, dès le début de la crise actuelle. En-dessous de 80 eur, il est probablement opportun de se renforcer. Si l’on préfère investir en USD, il vaut mieux favoriser le GLD, certificat coté à New-York qui est couvert par un nombre d’onces équivalent, placés dans un coffre tiers et qui peut donc être converti en or réel en tout temps et à première demande. Ceci est une mesure importante lorsque l’on achète des trackers sur l’or afin d’être certain que l’émetteur n’imprime pas plus de papier qu’il n’a de garanties réelles. Je ne crois pas aux investissements en sociétés aurifères, dont le comportement boursier est totalement décorrélé du cours de l’or et qui s’apparentent plus à un investissement à risque.
- L’inflation (via les matières premières). Je me suis positionné en octobre 2009 sur Euronav, un transporteur maritime dont le secteur sera le premier à bénéficier d’un retour à une conjoncture favorable, à 14.78 eur, et plus récemment sur Rosier, producteur d’engrais – cfr articles sur les terres agricoles - coté à Bruxelles, à 260 eur, et SMTPC à Paris à 27.5 eur, concession d’infrastructure qui devrait voir son cash-flow évoluer favorablement en cas de retour à l’inflation (revenus en hausse sur investissements amortis). Sans grande plus-value pour le moment, mais en anticipant une évolution positive pour les mois à venir.
- Les valeurs fortement décotées. Je cherche des valeurs dont les fonds propres sont supérieurs à la capitalisation boursière et dont les actifs circulants sont supérieurs aux dettes. En clair, des entreprises dont la cotation ne reflète pas du tout le haut du bilan ; des entreprises dont, en achetant les actions, on reçoit les actifs immobilisés – immeubles, machines, participations – à titre gratuit. Elles ne sont pas légion sur le marché, sont en général pas très liquides, mais j’ai acheté fin 2009 RHJ International à Bruxelles - une holding aux participations gratuites ! - dont l’actif net/ total des dettes équivaut à 5.50 eur/action, cours récent et dont le comportement actuel montre une volonté de hausse assez nette, golden cross graphique à la clé, Vet’Affaires et Exacompta à Paris, et Qiao Xing Universal (XING), société chinoise cotée au Nasdaq. Peu de sociétés connues – certains disent même que lorsqu’une société offre une décote sur fonds propres, c’est que l’équipe dirigeante doit être remplacée – mais probablement des sociétés solides.
Je ne possède aucune valeur dite « de bon père de famille » ou valeur-phare d’indices, car je suis convaincu que ces grandes valeurs ne surperforment jamais durablement le marché, et que les meilleures valeurs sont à trouver dans les « small caps ». Et je fuis les investissements en bons ou obligations d’état, sur lesquelles repose un risque systémique – cfr articles précédents sur ce blog.

Comme vous le savez, tous ces investissements sont risqués, doivent être pris en âme et conscience d’une perte totale, etc etc.

Pour conclure, je privilégierai lors de mes prochaines prises de position, des valeurs libellées en USD, car je ne suis pas persuadé que l’EUR puisse se renforcer dans la crise actuelle. En témoigne une menace toute récente de dégradation de la dette de certains pays européens - notamment la France et le Royaume-Uni, dont nous dénonçons régulièrement la dette et les déficits démesurés – qui pourrait être mise à exécution cet été, accentuant la pression sur l’Euro.

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Benoit 19/03/2010 18:05


Il y a aussi les lecteurs disctrets mais néanmoins assidus. Même s'ils ne comprennent pas tout... ;-)