La baisse n'a pas vraiment débuté
Attendre fin avril, disions-nous dans un post précédent, avant de revenir sur les marchés. Il ne s'est à vrai dire pas passé grand chose depuis.
Les acteurs de marché semblent être dans une phase de déni substantielle, refusant de croire que la seule crise sanitaire pourrait faire baisser les cours. Ils ont été tellement habitués à voir la machine à cash des banques centrales leur sauver le cou(p), qu'ils s'obstinent maintenant à croire que les marchés n'ont plus aucune limite à la hausse.
On l'a démontré plus tôt, une situation d'arrêt à 70% des activités économiques, comme nous la connaissons depuis deux mois, génère mécaniquement une baisse du PIB de -5,8% par mois. Nous avons donc perdu au moins 11,6% de PIB entre la mi-mars et la mi-mai. La chronologie des annonces faites à ce sujet est d'ailleurs assez révélatrice de ce déni puis de l'acceptation d'une baisse d'activité, même si toujours minorée. Les premières prévisions de la BCE, du FMI et de différentes personnalités faisaient état de -0,3% d'abord, ensuite -1, puis -2%. Peu après certains ont tenté le -5%. Aujourd'hui, les plus téméraires avancent -8%. Progressivement - mais si lentement ! - nous allons tendre vers la vérité dans ces déclarations. La psychologie des acteurs de crise est décidément passionnante.
Au moins 11,6% de baisse à prévoir à l'heure actuelle donc, et étant donné que l'illusion qui perdure, celle qui consiste à croire que l'économie a été laissée de côté pendant deux mois, puis va reprendre au même rythme qu'avant, cette utopie permet d'occulter une réalité tout autre : le PIB va chuter d'au moins 20% sur l'ensemble de l'année 2020.
La dette mondiale s'élève à 255.000 Milliards $. Le PIB mondial, la production de richesse annuelle, son "chiffre d'affaires", s'élève à 85.000 Milliards $. La dette représente plus de 300% du PIB.
A moins d'un gigantesque effacement de dette, qui pourrait bien se produire à terme via les banques centrales - rachetant aux états ce qu'elle leur prête à coup d'impression massive - mais pas dans l'immédiat, la situation n'est pas tenable.
Si l'on met en relief la somme des capitalisations des bourses américaines et le PIB des USA, nous sommes encore beaucoup trop loin d'un retour à la rationnalité.
132% de ratio, c'est un total de valorisation de 28.500 milliards$ rapportés au PIB américain de 21.500 milliards$ (le quart du PIB mondial)
Nous attendons donc un retour dans une zone acceptable post-crise, 75%-80%, avant de redevenir acheteurs du marché en général.
Ceci induirait une baisse des marchés à venir de minimum -40%. Toutes choses étant égales, ce qui est illusoire aussi sans doute, puisque le PIB va baisser lui-même fortement. Si le PIB baisse de 20% comme nous l'anticipons, le bourse devrait rejoindre une valorisation proche de 50% de ce qu'elle vaut aujourd'hui. Les affaires se feront là.
Le bear market le plus court de l'histoire, attention à la suite (retracements de Fibonacci)
Il a fallu 13 séances (21/02 au 09/03) pour que les indices les plus représentatifs perdent plus de 20%, seuil de krach, continuer à s'effondrer pour atteindre -40% sur les 9 séances suivantes (point bas du 18 mars) , pour ensuite regagner 20% du 19 au 26 mars, seuil de sortie de krach.. Bien entendu tout ceci n'est que considération théorique, puisque chacun aura calculé qu'une perte de 40% suivi d'un rebond de 20%, laisse une perte latente de 28% pour ceux qui n'auraient pas réussi à sortir du marché.
Nous avons assisté au krach le plus rapide de l'histoire (cf. post précédents) et au retour en grâce le plus puissant également. Attention maintenant à l'excès d'optimisme, les marchés devraient entamer une nouvelle jambe de baisse.
Fibonacci et son nombre d'or retrace les vagues de chute et de rebond. La chaîne de Fibonacci est constituée de chiffres qui font chacun la somme des deux précédents : 0,1,1,2,3,5,8,13,21,34,55,89,144,233, etc. Le nombre d'or, c'est la division d'un chiffre par son précédent, on tend vers 1,618304 plus on avance dans la chaîne. A l'inverse : chaque nombre divisé par le suivant tend vers 0,618, puis pour chaque nombre divisé par le deuxième qui le suit : 0,382 ou (0,618)², puis par le troisième : 0,236 ou (0,618)³, etc.
On voit sur le graphe ci-dessous que les marchés (le S&P 500 en est représentatif) en baisse ont chaque fois rebondi sur ces différents niveaux avant de retracer vers la limite basse suivante. Maintenant qu'ils ont rebondi sur un plus bas, avant de rejoindre le seuil de baisse précédent, on peut s'attendre à une nouvelle baisse, qui corrigerait la vague précédente de 50%, annonçant un retour du S&P500 vers les 2400 points.
Normalement vous avez dû vous progressivement vous constituer une réserve de cash depuis la mi-janvier. Il faut ne pas la réinvestir tout de suite. N'oubliez pas que le cash est pour l'instant le meilleur levier de pouvoir d'achat. Chaque jour qui passe, vous aurez l'ocasion, pour le même solde, d'acheter plus d'actifs en bourse. Dès qu'un signal haussier clair se présentera.
Crise (des banques centrales), non : du Corona Virus (Covid-19), scenario d’expansion
La contagion du Coronavirus (Covid-19) est un excellent prétexte pour enfin obliger les marchés à corriger.
Toute la hausse constatée entre 2009 et 2019 s’est basée sur la confiance aveugle et la foi toute puissante envers les banques centrales à alimenter la hausse via leur « quantitative easing », l’arrosage des marchés par de la monnaie fraîche créée chaque jour.
Les marchés découvrent à présent que ces banques centrales arrivent à la fin de leur toute puissance ; l’annonce extraordinaire faite par la Fed de baisser ses taux de 50 points de base qui aurait réjoui les marchés il y a encore un an, les déçoit à présent. Ce n’est plus assez. On touche aux limites du pouvoir des banques centrales. On se dirige vers une sortie de route qui ne se résoudra que par une hyperinflation.
Concernant l’épidémie, justement, certains pays européens comme l’Italie ont pris des mesures drastiques en confinant chez eux un quart de sa population, 15 millions d’habitants.
D’autres, plus laxistes, « attendent de voir » avant de penser à prendre des mesures. On observe aujourd’hui des taux d’accroissement de la contagion compris entre 15 et 20% par jour.
En France, deuxième pays européen le plus touché, si l’on part de l’hypothèse de 1’000 cas actuellement et que 5 millions de personnes seront contaminées (dont une grande majorité guérie) - qui correspond au pic de la dernière grande épidémie, la grippe espagnole de 1919 - il faudrait entre 47 et 62 jours pour rejoindre ce plus haut.
Pendant 6 à 8 semaines les marchés subiront les soubresauts que l’on connaît. Il vaut mieux n’y pas toucher. La fin de la purge sera l’occasion de revenir sur un marché assaini.
Corrections de plus en plus rapides
Les corrections sont de plus en plus rapides.
La semaine dernière il n'a fallu que 6 jours pour que les marchés perdent 10% sur leurs plus hauts. Merci les algorithmes.
Le rebond sera sans doute aussi spectaculaire, un début de marché baissier tentant toujours de revenir sur ses plus hauts. Merci aussi, les robots.

Situation des marchés fin février 2020
Lundi 24 février, on a donc un premier décrochage d’environ 4%. Mardi, glissade supplémentaire de 2%. Séance de consolidation mercredi. Et puis deux séances à -3,5% jeudi et vendredi. Sur base des indicateurs avancés, on pouvait s’attendre à une baisse qui s’étale sur plusieurs jours. Le plus réactif, le Vix, indicateur de volatilité, s’est directement installé dans la zone d’excès de pessimisme
Ensuite, le Nova/Ursa, cette mise en relation des fonds « bull » sur fonds « bear » a mis 3 séances pour arriver à une situation d’excès de pessimisme
Ne reste alors qu’à attendre le troisième signal avant de revenir faire des emplettes, l’EPCR (equity put/call ratio, soit le rapport entre options de vente sur options d’achat sur actions). Il était vendredi soir en léger excès de pessimisme et devrait mettre encore une séance pour arriver au signal des 0,75-0,80. Il faut dire qu’il était en zone d’hyper-optimisme - sous les 0,55 - depuis quelques semaines
Signes de surchauffe très marqués
Le VIX est revenu en zone basse, extériorisant le fait que personne sur les marchés ne craint un soudain regain de volatilité, qui entraînera de facto un trou d'air baissier en bourse.
En corroborant ce premier indice à celui qui met en relation le nombre de positions baissières sur les actions (put), à la quantité de positions haussières sur les mêmes (call), on atteint maintenant un excès d'optimisme très élevé.
Il est donc temps de protéger ses positions à la baisse avant la clôture de ce vendredi.
Le Dow Jones est à 29'665 points, la SP500 à 3'279, le Bel20 à 4'019, et le Cac40 à 6'049
Aperçu des refinancements obligataires en Europe
Les Etats s'empressent de refinancer leurs emprunts à taux négatifs, tant que les marchés marchent sur leurs têtes.
Suisse (50 ans à taux négatif !), Allemagne, Danemark et Pays-Bas ont une longueur d'avance.
Ceci va améliorer la situation de pays comme l'Italie, qui n'a pas de déficit primaire, et dont le seul service de la dette (les intérêts payés sur les emprunts obligataires émis) la mettait en déficit.
La France par contre cultive les déficits primaires. Elle pourrait devenir le cancre de la zone euro.

Les banques ne se prêtent plus, la Fed rouvre un autre robinet
Ce qui s'est passé la semaine dernière sur le marché d'échanges d'actifs contre cash, le "repo market" est intrigant.
Après 10 ans de passivité sur ce marché, les vannes se sont réouvertes. la Fed a imprimé 200 milliards de dollars en urgence. Pour venir en aide à une ou plusieurs institutions financières qui n'ont pas trouvé le moyen de se financer sur le marché interbancaire classique.
La nervosité sur ce marché est très visible. Couplée à une courbe des taux inversée, ça nous rappelle vaguement les années 2006-2007, lors de la surchauffe préalable à l'effondrement des marchés quelques mois plus tard.
La Fed enclenche une baisse des taux = prélude à la récession
Franc suisse (CHF) et or : divergence sur valeurs refuges
L'or et le franc suisse ne sont plus les deux valeurs refuges que l'on citait volontiers jusqu'à la fin des années 2000.
Peut-être se méfie-t-on des tensions mondiales actuelles d'ordre commercial, puisque la Suisse est un pays dont l'économie est essentiellement tournée vers les exportations ? Peut-être les investisseurs découvrent-ils que le franc suisse est une monnaie comme les autres, duplicable à l'envi ? Et en cette nouvelle ère de taux pratiquement nuls, et sans inflation, le franc suisse perd de son aura.
En janvier 2015, intervention de la main invisible de la BNS. La banque centrale suisse avait été prise la main dans le pot de confiture, et dévoilait qu'elle rachetait depuis 2011 des euros par containers pour éviter que le CHF ne s'apprécie trop fort et trop vite. Elle avait surpris les marchés en désespérant de garder sa monnaie à un taux plancher, très visible ci-dessous. Le cours du franc avait atteint la parité avec l'euro sans attendre.
L'on est en droit de penser que la BNS a recommencé son intervention, mais à un plancher plus élevé que celui de 0,85 puisque c'est maintenant aux alentours de 0,90 ou 0,92 que la BNS fait tiédir la fièvre qui s'empare du CHF.
L'or (en vert) pour sa part reste assez inversément corrélé aux prestations boursières (ici, le S&P 500 en jaune) sans plus s'affranchir des 1350 USD. En cas de risque géopolitique majeur, comme il s'en trame entre les Etats-Unis et la Chine ou l'Iran actuellement, ou simplement parce que le risque d'implosion du système des banques centrales est réel, il est bon de se réfugier dans un lingot.
Car d'inflation intenable des dettes publiques on ne parle pas assez.