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Emprunts obligataires et crise de confiance

24 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Marchés financiers

L’indice IFO reflète le climat des affaires en Allemagne. Il est tombé à 95.2 au mois de février ; le consensus attendait 96.2

L’indice de consommation a chuté à 46, au plus bas depuis 10 mois, alors que les spécialistes le voyaient à 55.

L’indice Case-Schiller, qui calcule la valeur nominale du marché immobilier résidentiel aux Etats-Unis, est en recul de 3,1% alors que les analystes tablaient sur une chute de 3%

Et d’autres statistiques d’importance se succéderont encore cette semaine.

 

Nos gouvernants se demandent probablement comment toute la présumée confiance qu’ils avaient revue sur les marchés ces dernières semaines a pu s’étioler si vite.

Ils ne lésinent pourtant pas pour renforcer leur stock de dettes – la drogue dure des Etats - en profitant de cette embellie, essayant de redonner la foi à ces investisseurs désorientés. Jugez-en par vous-même, en ce début de semaine nous avons assisté au lancement des emprunts obligataires suivants:

-          L’Espagne, 5 Milliards EUR à 15 ans

-          L’Allemagne, 6.3 Mia EUR à 2 ans

-          Les Etats-Unis ont lancé un programme de T-Notes de 44 Mia USD à 2 ans

-          Encore les Etats-Unis, avec un second programme de 42 Mia USD à 5 ans

 

Tandis que la Grèce prépare un emprunt de 54 Milliards EUR pour le mois de mars – des rumeurs font état d’un rendement nominal de 7.3% - après son test d’emprunt à 8 Mia d’il y a deux semaines.

L’on peut d’ailleurs penser que le petit emprunt-test lancé par l’Espagne préfigure un emprunt beaucoup plus important dans les semaines qui viennent.

 

Et la Belgique a lancé hier son programme trimestriel d’émission de bons d’Etat  à des conditions encore moins favorables qu’il y a trois mois..

La publicité dit « il n’y a pas plus sûr que les bons d’Etat », et ceci siffle à nos oreille comme au temps où les valeurs bancaires étaient surachetées car « un modèle de valeur de rendement et de bon père de famille »..

 

Tous ces émetteurs claironnent le succès du placement de leurs emprunts, mais il ne faudrait pas croire que c’est le seul choix de l’investisseur particulier, pas dupe, qui génère ce flot de bonnes nouvelles. Non, il nous faudrait connaître la motivation et le rôle des banques centrales dans le succès de ces émissions.

Nous suivrons l’évolution de leur pied de bilan lors de leur prochaine publication afin de saisir l’importance de la masse monétaire créée à cet effet, et reviendrons sur une analyse de ceux-ci.

 

 

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La courbe de Phillips

18 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Economie

 

A.W. Phillips est un économiste néo-zélandais qui, en 1958, a mis en évidence la relation qui existe entre le taux d’accroissement du salaire nominal et le taux de chômage. Pour lui, l’accroissement du chômage est inversément proportionnel au taux de rémunération, donc à l’inflation, et à l’inverse, une diminution du chômage fait réapparaître le spectre de l’inflation. Il explique ce mouvement inversé de manière simplissime : l'excédent de chômage crée une pression sur les rémunérations, les gens étant prêts à accepter une diminution de salaire pour s'assurer de rester sur le marché de l'emploi.
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Nous sommes revenus à une des lignes motrices de ce blog, à savoir la résurgence de l’inflation.


Les politiques de relance effectuées très régulièrement depuis des décennies, et que l’on observe encore aujourd’hui, se basent sur cette courbe : les gouvernements essaient d’enrayer la hausse du nombre de chômeurs, mais cette pression accroît dans un second temps le taux d’inflation.  

La déflation salariale que l’on connaît pour l’instant est donc due à cette augmentation très rapide du taux de chômage.
Tenter de la maîtriser mènera à une poussée inflationniste, à moins que le taux actuel de chômage soit devenu une nouvelle norme et que l’on s’habitue donc à avoir un taux de chômage naturel de 10%.


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Bien sûr le retour de l’(hyper)inflation ne sera pas juste le fait d’une tentative de maîtrise du taux de chômage par les autorités, car il y a d’autres signes d’un retour de l’inflation. Nous y reviendrons à allure régulière sur ce blog.

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L’or, encore et toujours un excellent refuge pour ceux qui consomment en EUR

15 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Marchés financiers

On pourrait être tenté de croire que le cours de l’or se tasse et se cherche un support – 1.000 USD pour une once – avant de repartir de plus belle.
Ceci est vrai pour la cotation de l’once en USD.

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Mais si l’on observe l’évolution de cette même once cotée en euro, force est de constater qu’elle se stabilise plutôt à haut niveau, et consolide sa montée en flèche initiée fin 2008.

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La cause en est évidemment l’accès de faiblesse de l’euro, qui devrait continuer à perdre du terrain face au dollar dans les mois qui viennent, la crédibilité du traité de Maastricht et de la solidité de la zone euro et de ses institutions étant en jeu face au problème que pose le possible défaut de la Grèce et d’autres de ses voisins.

Celui qui, donc, a investi en EUR dans une once d’or, même à ses niveaux hauts, n’a aujourd’hui certainement pas perdu de pouvoir d’achat, s’il revend cette once et veut profiter de ses euros.
L’achat d’une once d’or à 1,150 usd à 1.45 lui a effectivement coûté 793.10 eur ; ces 793.10 eur convertis au cours actuel du dollar - 1.36 - donnent une once à 1,078 USD, l’équivalent du cours du jour.
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La Grèce comme indicateur avancé des crises ?

11 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Macro-économie

De tous temps, la Grèce a émis des signaux précurseurs en matière de changements majeurs, que ce soit dans l’Antiquité lorsqu’elle précédait le déclin des civilisations romaines et égyptiennes, ou très récemment lors de ses nombreuses émeutes et mouvements sociaux depuis le début des années 2000, reflétant avec plusieurs années d’avance les mêmes contestations relayées en en France ou au Portugal par exemple..

 

Le fait que la Grèce ne représente que 3% du PIB européen n’est donc probablement pas un critère valable de minimisation de la crise actuelle - , non seulement parce que cette crise de la non-gestion de la dette grecque, si elle n’est pas réglée, risque de contaminer et de mettre en défaut d’autres pays de la zone euro, mais aussi parce que le déficit annoncé de la Grèce, 16%, risque de remettre en question l’utilité même d’un traité comme celui  de Maastricht, qui limite théoriquement les déficits à 3%. Théoriquement, parce que le monde politique a déjà vidé ce traité de sa substance plusieurs fois, en autorisant de multiples exceptions à cette règle. Rappelons que la Grèce a reconnu être entrée en Europe grâce à une falsification de ses comptes, et que depuis son entrée, elle n’a jamais réussi à respecter cette règle.

 

Pourquoi continuer à limiter les déficits à 3%, et ne pas modifier une bonne fois ce traité en ne tolérant plus aucun déficit d’aucun membre de la zone euro ? L’Etat ne devrait-il pas être géré à la manière d’une entreprise, avec des personnes qui se projettent dans l’avenir, préviennent des risques de perte en agissant à temps sur les coûts, et en les maîtrisant ?

Il nous est quand même assez difficile de cautionner les messages politiques que l’on entend régulièrement, du genre «cette crise vaut bien un déficit », qui signifie en clair que la crise de l’endettement des Etats se résoudrait par un endettement supplémentaire, et que, obnubilées par ce culte du déficit et de l’objectif de perdre de l’argent, ces mêmes politiciens dénoncent par un jeu populiste « les plans de restructuration dans des entreprises qui font du bénéfice » qui pourtant font partie d’une gestion saine – même si ces décisions sont inhumaines et certainement difficiles à prendre -et sont probablement nécessaires dans l’optique, inconnue par nos gouvernement, de veiller à continuer à enregistrer des profits dans les années à venir.

 

Et si la situation grecque était cette fois le signe précurseur du déclenchement d’une crise majeure de la zone euro – nous avions déjà abordé ceci précédemment -, une crise qui se calquerait sur celles des subprimes : à l’époque une petite secousse (la mise en évidence de la surévaluation du marché immobilier américain) précédait de quelques mois le grand tremblement des marchés (la faillite de Lehmann), et donc, cette fois, un petit appel au secours de la Grèce, pourrait être suivi d’un défaut de plusieurs pays européens, une diminution d’adhérents à la zone euro, le tout dans un contexte de descente aux enfers de la monnaie unique ?

Nous suivrons ce « signal grec » de près dans les mois qui viennent.

 

Pour terminer ce point sur la Grèce, l’on note aujourd’hui le consensus mou européen, qui pourrait prévoir une aide à la Grèce de la part des autres pays européens « à condition que la Grèce mette son plan d’austérité en œuvre avec rigueur afin de réduire son déficit ». Bref, une phrase creuse qui ne nous apprend pas grand-chose, si ce n’est qu’après avoir assisté au transfert de dettes des banques aux Etats en 2008 et 2009, voici venir la concentration de dettes sur les Etats solvables et leurs contribuables.

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Budget US : les chiffres

8 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Economie

Le Président Obama a présenté le projet de budget des Etats-Unis pour la période allant du mois d’octobre 2010 au mois de septembre 2011. Ce budget peut être consulté ici.

En bref, ce budget prévoit une… augmentation des dépenses publiques de 3% pour cette période qui s’élèveront à 3.800 Mia USD – ces chiffres sont tellement énormes que l’on ne se rend plus compte du fait que ce montant représente plus de 10 milliards de USD par jour !-,  un déficit record de 1.300 Mia USD, et d’autre part un plan « d’économies » qui, notamment par la suppression du projet de retour sur la Lune, permet d’économiser, ou ne pas dépenser, 20 Mia USD par an.

20 Mia d’économies, soit un petit 0.5% des dépenses publiques… ce qui ne compense même pas l’augmentation du budget d’une année sur l’autre.

Notons que les discours politiques bienveillants (« il est temps que nous arrêtions de faire appel au crédit et de réduire nos dépenses ») que l’on entend fleurir ci et là, n’ont pas encore trouvé d’application pratique. Des gouvernements sans solution.

Les vieux réflexes étatistes sont toujours présents : les Etats-Unis prévoient de réduire leur déficit (pour le  diminuer de 1.300 à 700 Mia USD en 2014) par une ...augmentation des recettes fiscales de 59% d’ici-là. Il faut donc en conclure que de nouvelles taxes seront prélevées – rage taxatoire dont nous sommes convaincu  – plutôt que croire que les recettes fiscales actuelles soient suffisantes, et puissent augmenter avec un tel levier dans un contexte de crise profonde.

Enfin, les intérêts de la dette sont calculés à du..2% (250 Mia par an pour une dette de 12.000 Mia USD), ce qui n’est pas réaliste. Notamment lorsque l’on sait qu’un pays en difficulté comme le Grèce vient de « réussir » à lever 8 Milliards EUR assorti d’un coût de 6%, soit 3% de plus que la dette émise par l’Allemagne.

Et tant que nous sommes revenus en Europe, notons enfin que le Portugal n’a pas réussi à lever les 500 Mio EUR qu’elle cherchait – sur une petite durée, 12 mois, en plus – et n’en a levé que 300 à un taux de 4.5%, jugé trop faible par le marché.

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Petit suivi d’indicateurs de profondeur de récession

4 Février 2010 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Marchés financiers

Reprenons certains graphiques qui peuvent résumer la situation dans laquelle nous sommes.

D’abord, il nous faut constater que le réflexe d’épargne en cas de récession n’a pas faibli depuis la dernière fois que nous avons examiné ce graphique. Le sentiment de peur qui induit un tel comportement, et nous ramène 15 ans en arrière, n’est visiblement pas sorti de l’esprit du consommateur

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Deuxièmement, nous constatons un tarissement des prêts aux entreprises. Ce qui tend à prouver que le sentiment d’inquiétude est toujours présent dans l’esprit de l’entrepreneur, qui ne se risque pas à emprunter dans un tel climat, et pourrait même être tenté de rembourser ses prêts en cours.

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Le graphique ci-dessus n’exprime malheureusement pas  la tiédeur des banques, leur réticence à faire circuler l’argent. Pourtant, la masse de monnaie -créée sans contrepartie - n’est toujours pas en diminution, bien au contraire.

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Enfin, le chômage, clé de voute de la sortie de crise est préoccupant, tant aux USA qu’en Europe, où la barre des 10% de chômeurs vient d’être franchie.

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Un graphique plus inquiétant encore, et confirmant la profondeur de la crise actuelle, montre l’évolution du taux de chômage durant les plus grandes récessions. Suivez la ligne rouge. Un grand creux sans espoir d'en remonter rapidement.

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Et si nous étions dans une crise structurelle qui nous annonce la fin définitive du plein emploi ?

Il est vrai que des métiers, auparavant pourvoyeurs d’emplois (chaînes de montage de voitures, etc.), mais sans forte valeur ajoutée sont en train de disparaître, et que la volonté politique de préparer une reconversion pour ces secteurs n’a jamais été très évidente.

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