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Solvay-Rhodia : la fin d’une action de « bon père de famille » ?

5 Avril 2011 , Rédigé par jean-christophe duplat Publié dans #Marchés financiers

Il ne se passe pas un jour sans qu’une opération financière ne soit annoncée. En bon contrarien, nous suivons ceci avec intérêt, sachant que la reprise de l’activité des fusions-acquisitions, en route depuis plus un an maintenant, sert souvent de témoin indicateur d’un plus haut sur les marchés.

En témoigne encore ce jour l’éditorial enchanteur du dossier y relatif de Capital-Finance.

 

Solvay a annoncé hier avoir fait une offre amicale de rachat au conseil de Rhodia, qui l’a acceptée. Cette offre sera sans aucun doute un succès.

 

Rhodia est issue du démantèlement de Rhône-Poulenc, pour les anciens, et a été notamment entachée par plusieurs scandales lorsque le politique a pris le dessus dans cette scission franco-française , ou encore singulièrement lors de l’affaire des « bonus de moyen terme » octroyés aux dirigeants en 2004 pour se parer contre leurs propres moins-values boursières sur le titre de la société qu’ils dirigeaient..

 

Penchons-nous d’abord sur l’évolution graphique de ces deux entreprises.

 

Solvay n’est pas insensible aux cycles conjoncturels, mais dans l’ensemble, se comporte sur la durée comme une obligation indexée : rendement stable permettant de compenser les soubresauts.

Une autre chose saute aux yeux : la valeur de reprise de Rhodia faite par Solvay ne permet à l’actionnaire de la première heure de retrouver ses billes, puisqu’elle a été introduite en 1999 à un cours largement supérieur au prix de l’offre.

 

La valorisation ensuite : Solvay donne à Rhodia une valeur d’entreprise, soit la capitalisation boursière majorée des dettes financières, supérieure à 6.6 mia EUR. C’est 1,2 fois le chiffre d’affaires, 11 fois le résultat d’exploitation, ou 25 fois le résultat net, des ratios qui sont largement supérieurs à la moyenne du secteur, qui cote en moyenne à 75% du CA et moins de 8 fois le Rex.

 

D’autant plus que la chimie est un secteur très sensible à la résurgence de l’inflation que nous suivons et voyons poindre depuis quelques temps. Une érosion des marges peut mettre à mal le profil défensif que développait Solvay avant cette opération.

 

Enfin, il faut rappeler que Rhodia était moribonde il y a quelques années, ayant opéré de multiples augmentations de capital (2004 et 2005 notamment) puis vendu en 2006 et 2007 différents départements (silicone, fibres industrielle, etc) à bas prix pour se sauver.

 

Nous espérons que la masse de liquidités dont disposait Solvay avant cette opération, suite à la cession de son activité pharmaceutique, ne servira pas à renflouer sa nouvelle filiale.

 

Bien sûr nous ne sommes pas en mesure, sur base des modalités de l’opération, de détecter les synergies qu’un rapprochement entre deux sociétés, qui globaliseraient sur papier 12 Mia de chiffre d’affaires, peut faire économiser sur les charges opérationnelles, mais a priori cette acquisition ne s’est pas faite en cherchant une décote sur le prix des actifs rachetés ni en cherchant une société sans ou avec peu de dette, ou ayant un matelas de liquidités, comme nous l’aurions apprécié.

Le profil défensif de Solvay s’est dégradé.

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